Taphonomie des tissus durs

Après la dégradation totale des tissus mous, le squelette (os et dents) représente le seul objet d’étude pour les enquêteurs. Le rôle de l’anthropologue et de l’odontologiste est alors décisif pour répondre à un certain nombre de questions : e.g. identité, estimation du moment du décès. La dégradation des tissus durs, beaucoup plus lente que celle des tissus mous, se produit à deux niveaux : modification des composants osseux/dentaires et impact majeur de l’environnement (e.g. géologie, faune, climat). Nos travaux se divisent donc en deux thématiques correspondant à ces aspects particuliers de la taphonomie des tissus durs. L’exploration de la cinématique de dégradation de la phase organique osseuse et dentaire par le biais d’études protéomiques et histologiques représente l’axe principal de la première thématique, avec une application directe pour l’estimation du délai postmortem. La deuxième thématique sera consacrée à l’exploration des modifications de surfaces osseuse et dentaire dont les causes peuvent être des pathologies ante mortem (paléopathologie) ou le résultat de l’action taphonomique de facteurs externes : animaux (scavenging), flore (vermiculations), climat (weathering) ou paramètre physico-chimiques du milieu de conservation.

Cémentochronologie

L’estimation de l’âge au décès de sujets adultes découverts en contexte médico-légal ou archéologique est un sujet fondamental. La cémentochronologie repose sur le principe séduisant d’un enregistrement périodique offrant un accès direct à un indicateur continu corrélé à l’âge chronologique. L’apposition de cément qui débute à l’édification de la racine et perdure jusqu’au décès du sujet est le fondement de cette technique. Le dénombrement des dépôts annuels, caractérisés par des alternances de bandes claires et sombres en microscopie optique, ajouté à l’âge de l’édification radiculaire de la dent considérée permet d’évaluer l’âge du sujet

Les performances de cette technique sont controversées et même si la littérature est très optimiste, elle est aussi confuse en ce qui concerne les protocoles recommandés, les taux de précision et d’exactitude rapportés et l’impact de la taphonomie. L’objectif de nos travaux est de mesurer la concordance des estimations, donc la précision, puis d’évaluer l’exactitude, donc la qualité de l’accord entre l’âge estimé et l’âge chronologique, en applquant un protocole standardisé pour s’affranchir des biais inhérents à la préparation.

Nos recherches démontrent que la cémentochronologie peut représenter un apport non négligeable aux études et expertises, notamment si elle est combinée à d’autres méthodes pour conforter une estimation ou resserrer un intervalle. 

Taphonomie des tissus mous

La dégradation post mortem des tissus mous résulte de l’action conjointe des phénomènes d’autolyse cellulaire, de l’activité des bactéries endogènes et exogènes ainsi que de l’activité des charognards et des insectes nécrophages. Ces derniers, en se développant sur le cadavre et en consommant les chairs, vont considérablement accélérer le processus de décomposition. Linné (1776) disait à ce propos que « trois mouches peuvent consommer un cadavre de cheval aussi vite que le ferait un lion.» Cette capacité des insectes à coloniser puis à dégrader le corps est donc connue de longue date et est particulièrement utilisée dans le cadre de l’entomologie médico-légale afin de dater le décès. Cependant, ces études se concentrent majoritairement sur le développement des insectes et leur succession sur le corps. Nous privilégions au contraire une approche basée sur l’étude du comportement des espèces nécrophages. Ces comportements, souvent très spécifiques, résultent d’adaptations poussées de ces espèces à leur milieu. En se concentrant sur l’étude des insectes strictement nécrophages, et donc inféodées aux cadavres, nos travaux visent à démontrer l’impact de ces comportements spécifiques sur les phénomènes taphonomiques.